Antonio Machado


Antonio Machado fut un éminent représentant de la Génération de 98, nom donné traditionnellement à un groupe d’écrivains, d’essayistes et de poètes espagnols profondément affectés par la crise morale, politique et sociale provoquée par la défaite militaire subie par l’Espagne dans sa guerre contre les Etats Unis, qui eut comme  comme conséquence la perte des colonies et notamment de Cuba et des Philippines. Le poète andalou né à Séville en 1875 voulut faire de sa poésie une « profonde palpitation de l’esprit », intime et dépourvue de toute rhétorique. Il évoque des souvenirs et des impressions de jeunesse (Soledades ,1902), l’âme du désert castillan (Campos de Castilla, 1912), l’amour de sa femme, la vie, la mort. Son œuvre ultérieure et notamment « Chants nouveaux » (Cantos nuevos) 1920, est d’inspiration plus philosophique.

Lorsqu’éclate, en juillet 1936, la guerre civile, Antonio Machado réside à Madrid chez son frère José. Depuis 1931, il est professeur de français à l’Institut Calderón de la Barca, puis à l’Institut Cervantes. En 1936, il collabore à l’hebdomadaire Ahora y Ayuda où il publie le fameux poème « El crimen fue en Granada »,  (17 octobre) à la suite de l’assassinat de Federico García Lorca. Lorsque les troupes franquistes commencent à bombarder la capitale, sous la pression de ses amis, il se décide à quitter la ville avec sa famille et se retire à Villa Amparo, près du village de Rocafort, petit village proche de Valence. Le 24 novembre a lieu l’évacuation générale d’intellectuels à Valence décidée par le gouvernement de la République. En 1938, devant l’avance des troupes nationalistes, il se transporte à Barcelone où il s’installe provisoirement. Le 22 janvier, il se dirige avec sa famille vers la frontière française. Antonio Machado a 64 ans. Sa mère Ana Ruiz qui l’accompagne a 88 ans. Le 27 au soir ils traversent Port Bou sous la pluie. Ils se joignent à la foule qui gravit la route qui les mène à l’exil. Dans le froid et la confusion se presse une foule désemparée qui a hâte de franchir le poste frontalier. Antonio et sa mère sont exténués et peuvent atteindre Cerbère grâce à la complaisance d’un commissaire de police qui mit sa voiture à leur disposition. Ils passent la nuit dans un Wagon oublié sur une voie de garage et le jour suivant, 28 janvier, ils prennent le train jusqu’à Collioure. Au bas de l’avenue de la gare de la cité il y a une petite place séparée de l’hôtel Quintana par le Douy, ruisseau d’habitude à sec, mais qui roulait des eaux boueuses en cette saison. Ils sont accueillis par Madame Juliette Figuères, propriétaire d’une bonneterie-mercerie, pendant une demi-heure, avant d’aller prendre gîte dans l’hôtel Quintana où don Antonio et sa mère séjourneront. Machado était asmathique et prit froid à Cerbère. Il fut victime d’une congestion pulmonaire entrainant sa mort, survenue le 22 février 1939 à trois heures et demie de l’après-midi. Trois jours après, sa mère très fatiguée disparut elle -aussi.

Le souvenir d’Antonio Machado est toujours vivace à Collioure. Nombreuses sont les personnes qui font une halte devant l’hôtel Quintana avant d’aller se recueillir sur la tombe du poète. Cette ferveur a donné naissance à la création  en 1977 de la Fondation du prix international de littérature Antonio Machado à l’initiative de Monique Alonso, Antonio Gardó et Manolo Valiente. Cette fondation est présidée par le maire de Collioure et elle a comme objectif de mettre en valeur et de faire connaître la beauté et la portée humaniste de l’œuvre du grand poète andalou.











F.Sureda