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La Vigne et le Vin sur la Cote Vermeille


HISTORIQUE

        Dans l’antiquité :

        La vigne fut vraisemblablement introduite sur nos côtes par les Phéniciens qui créèrent le port de Port-Vendres.

        Au Moyen-âge :

        Seuls, 2 villages, Banyuls et Collioure occupent le terroir actuel du cru Banyuls (Port-Vendres n’est plus qu’un port de Collioure, Cerbère n’existe pas) ; pas de trace dans les documents anciens nous permettant de connaître quel vin produisaient nos aïeux, ni quels cépages ils cultivaient[1].

Il apparaît que Banyuls, à l’habitat dispersé, vit en autarcie, essentiellement de l’élevage et de la culture des céréales, le vin n’étant produit que pour la consommation familiale.

Par contre Collioure, cité à l’habitat regroupé à l’intérieur de ses remparts, ne peut pratiquer comme activité que  la pêche et la viticulture tirant une bonne partie de ses revenus de la vente du vin comme en témoigne ce document : « Notre terroir n’est propre qu’à la culture de la vigne ; notre récolte dépassant notre consommation intérieure, nous devons donc nous défaire de nos surplus….nous n’avons que la voie maritime comme issue commerciale. Notre production est, en effet, en grande partie achetée par la nation génoise… » Dans ce même document il apparaît que, déjà Pierre d’Aragon en1369, Louis XI  en 1488 accordaient à la cité le privilège de commercialiser son vin sans taxes excessives. [2]

Sous l’ancien régime:

C’est au XVIIème, XVIIIème siècle, les côtes devenant plus sûres, que Banyuls s’ouvre également aux échanges maritimes : vin contre étoffes et tabac importés de Gènes à la barbe des gabelous. Cette nouvelle activité va inciter les banyulencs à produire du vin en plus grande quantité comme monnaie d’échange. Mais c’est surtout lors de la révolution, lorsque nos anciens se seront attribué et partagé les terres de la vallée de Cerbère que le vignoble va s’étendre. Dès lors l’économie de Banyuls de pastorale et céréalière devient viticole et pastorale.

Quel type de vin produisait-on ?

Dans les actes notariaux il est souvent question de charges de :

« vi vermell » c'est-à-dire de vin rouge,

de « vi claret » vin rosé

et de «  vi blanch » ; mais est-ce vraiment de vin blanc dont il est question, nos anciens désignant par ce terme le vin doux (ou tout vin de dessert) même lorsque ceux-ci étaient rouges.

Ere moderne :

Ce n’est qu’au XIXème siècle que des règles vont être instaurées régulant et codifiant la production du vin : la loi dite Arago, crée la catégorie des VDN en 1872. Le 13 avril 1888, le député E. Brousse demande que l’on définisse les caractéristiques des vins doux naturels : « Vins de 14° d’alcool acquis naturellement ». [3] A la faveur des ces lois le terroir va se spécialiser dans la production et la commercialisation de vins doux.

Détail amusant : C’est en cette fin de siècle que va être créée par l’abbé Rous, curé de Banyuls, « L’œuvre des vins de messe » (1871). Le but de cette œuvre est d’acquérir les capitaux nécessaires à la construction d’une nouvelle église ; pour se faire, elle se lance dans la commercialisation  du  vin de Banyuls faisant connaître le produit un peu partout dans l’hexagone.

Dès le début du XXème siècle les 4 communes de Banyuls, Port-Vendres, Collioure et Cerbère, s’unissent pour déposer la marque « Banyuls » au tribunal civil de Céret (1902).

En 1904 E. Bartissols (député des P.O.) fonde la société des vins de Banyuls naturels (SVBN) qui fédère 442 adhérents dans un premier temps.

Le 18/9/1909 par décret le vin de Banyuls devient une appellation ; elle est ainsi la 1ère appellation de VDN à être créée en France.

Mais l’essentiel de la production dépend pour sa commercialisation des négociants qui rétribuent fort mal les producteurs. C’est pour échapper à leur pression que, dans les années 1920, 1930, les viticulteurs vont se regrouper au sein de caves coopératives.

Jusqu’aux années 1950 une seule variété de vin est produite : le vin doux naturel. A partir de 1950 sous l’impulsion de M. Henri Vidal et du Dr Parcé vont être élaborés toute une gamme de Banyuls tels que nous les connaissons aujourd’hui : Traditionnel, Rimage, Banyuls blanc, Banyuls grand cru auquel peut s’ajouter l’appellation : Rancio, Hors d’âge.

II) LE VIGNOBLE

        Les Cépages qui le composent sont: essentiellement le grenache noir, le grenache gris et dans une moindre mesure le carignan, le macabeu et le muscat.

Créé depuis le 3/12/1971, le cru Collioure, implanté sur le même terroir, a nécessité l’introduction de nouveaux cépages comme les mourvèdre, syrah, roussane, marsane, vermentine, cinsault…

Situé sur l’extrémité orientale des Pyrénées  ce vignoble, agrippé à de fortes pentes, est cultivé en terrasses interdisant toute mécanisation et rendant le travail particulièrement pénible.

Le sol est pauvre : une faible couche de terre recouvre le schiste ; les racines de la vigne doivent s’enfoncer profondément à travers les fissures de la roche pour aller trouver l’humidité.

Ceci explique que les rendements soient  faibles en quantité mais riches en sucre.

III) LES VINS


Les vins produits se regroupent principalement autour de 2 appellations.

                 Appellation Banyuls :

        Pour rentrer dans cette appellation la vendange doit titrer au minimum 15° de sucre.

Pendant la fermentation du moût on procède au mutage (opération qui consiste à arrêter la transformation du sucre en alcool par ajout d’alcool neutre à 96° d’origine vinique) afin de conserver une certaine douceur au vin. Plus l’on mute tôt plus le vin est doux[4]

2 sortes d’élevage :

               1) en milieu oxydatif : le vin, placé dans des foudres, cuves, barriques que l’on ne remplit pas complètement, vieillit au contact de l’oxygène. L’oxydation est parfois accélérée en entreposant les barriques en plein air.

Ainsi sont élaborés les Banyuls Traditionnel et les Banyuls Grand Cru. Ces derniers doivent obligatoirement être élaborés avec 75% de grenache noir et compter 30 mois minimum de vieillissement en futaille.[5]

                2) en milieu réducteur : le vin est préservé de toute oxydation (embouteillage précoce : dans les 6 mois qui suivent la vendange). Sont ainsi obtenus les Banyuls Rimage et certains Banyuls blancs.

Le Banyuls est servi à l’apéritif ou au dessert ; il se marie avec le foie gras, certains plats cuisinés en sauce à base de vin, certains fromages, le chocolat et le café.

                      Appellation Collioure :

La vendange se fait dès que le jus du raisin atteint 13° de sucre

Ce vin est obtenu après fermentation totale du jus de raisin

Il est élaboré avec une prédominance de grenaches blancs et gris (70% au moins) le reste étant composé par les cépages cités plus haut.

Au départ un seul Collioure : le rouge

Aujourd’hui le rosé et le blanc viennent compléter la gamme.

C’est un vin de table corsé.



[1] Voir l’ouvrage de M. Ferrer : Terre de nos pères, page 227

[2] Idem p.266

[3] Idem p.338

[4] Le mutage s’effectue entre 120gr/l de sucre dans le moût en cours de fermentation et jusqu’à 0.4gr/l  (minima requis).

[5] Seule appellation française de VDN à avoir droit à la mention « Grand Cru »